May 8, 2013
Cette noirceur

Hurlements sous la crevasse
Poitrail soudain déchiré
Jurons sujets à la masse
Et poème saturé 

Chute — soudain, libérée
L’âme poreuse divague
La faim s’immisce attirée
Où le sang restera vague

Tournoient murs noirs soumis
Palpite le sang du jeu
Furieux les corps démis
Et le démon supplie Dieu. 

Le nerf embrasé encore
Gèle en obscur cervelas
Le jour pèlerin implore
L’assouvissement du glas.

Le penseur athée remue
Sans saisir un précepteur
Le joueur vomit la mue
Se redécouvre la peur 

Sous la gangrène et l’absinthe
Opposée l’éthique absout
La fureur et l’hyacinthe
Du corps, de l’être et du Tout 

Dans un fabuleux solfège
La science compromise
Rémunère un sens au siège
De la violence assise ; 

Trublions et pénitents
Engagèrent à ce stade
Finitions de compliments
Joyaux de verre et de jade 

Célébrant d’un même accord
Le savant suivi du fou
Dignes du premier abord
Qui posèrent le genou

La chair en feu toute entière
Furent mots de leur prière

12:19pm
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May 8, 2013
Fureurs du ciel

Printemps des poètes

Plume ! tu m’as manqué !
En ce jour de terreur
L’héritage antiqué
D’une immense clameur
M’anime tout d’un coup.
C’est l’âme écartelée
— Je le dis, fort beaucoup
Est la strophe épelée —
Qui m’enivre la main
La maniaquerie
Qui n’a plus rien de sain,
Ô bacchante, ô furie ! 

L’eau débordait du ciel,
Et, les éthers en rage,
Je desservais l’orage
En partageant son fiel. 

Funeste complaisance
Au vis-à-vis des lèvres,
L’eau rajustait les fièvres,
Scindait la dissonance. 

Ma sombre et jaune amie
L’eau n’apprend à personne
Des continents d’automne
La sérieuse alchimie. 

D’un grand hêtre flétri
Quand jure et ne m’inonde
La sève comme une onde
L’eau fière de son cri, 

Va ! hurlant dans tes limbes,
Falstaff impénitent
Qui jure dans le vent
Pour maudire les nimbes ! 

La source fluctuait,
Toute joufflue de fèves,
Où la mousse et les glaives
Rouillent sous le bleuet ; 

Et, salués du ciel,
Falstaff et Ptolémée
Veufs de leur hyménée
Laissaient couler le miel :

« Débauche et connaissance
Un jour s’immoleront,
Quand jamais ne verront
Les hommes leur naissance ! »

L’eau finit par couler,
Du ciel et de la terre,
Si l’âme désespère,
De glace est le collier.

Drôle impétueux vois
Quelle autre symphonie
Quel rôle tu nous dois
Quelle âpre litanie
Entonne le sous-bois.
L’insaisissable Dieu
L’incontrôlable don
Ne dansent en ce lieu
Pour jouir en canon. 

Falstaff, imbu, s’élance,
Sous l’orage et l’Instant,
Expire un hurlement :
« Le Ciel est une chance ! »

May 8, 2013
L’obtus

Printemps des poètes


Le jour où, dispersés, les effluves du temps
Qui rajustaient mes nerfs dans l’engrenage intime
Où palpitent la chair et les yeux que je tends
Filèrent au-devant d’une rupture infime,

Absous, repu, gaillard, enorgueilli de hâte,
Je voulus posséder le verbe et le savoir,
Lorgnai d’un noir de jais quelque art à la peau mate ;
J’appris l’abnégation, je bénis mon avoir ! 

Médiocre lecteur, ne lus-je que très peu
Jusqu’à l’appréhension, de vers et de romans,
N’écrivis que par je, escroc en ce haut lieu,
Je regrettai souvent la fougue des élans.

Furieux, affamé, attentif aux mortels
Détails du vers second, l’ambition hanta
La poésie, fourbue, jetée sur les autels,
De son triste regard soudain m’intimida.

La volute de l’art courut sur mes assises,
Palpita longuement le long de ma pupille,
Alors, frappé, je sus : les amours trop précises
Ne sont au sens du vers qu’excuses en guenille.

L’expression pathétique et la froideur jaunie,
J’avançai donc, hagard, entre la rimbaldienne,
Bertrand, Verlaine, Artaud, la muse ramollie,
Ne sachant guère encor laquelle serait mienne. 

Si quelques tragédies fusèrent dans mon dos,
Je me tus sans bien voir : un spectre bien vissé
Me salua. « Quelle âme attirée par mes os,
Suai-je sans espoir, veut mon corps harassé ? » 

Sa trop lourde carcasse attirée sans raison
Vers le chemin d’argent où meurt le séraphin,
Il hurla, d’une main se gorgea de poison :
« L’arsenic de ton verbe ! » acheva-t-il enfin. 

Puis, tendu par l’extase, et happé sous la nuit,
Les soldats d’Artémis, las de choir, assenèrent
Sur mon crâne éploré les chaînes de l’ennui ;
Le blanc Ciel et l’Olympe, éventrés, s’effondrèrent. 

Je rêvais et tremblais. Je ne sus jamais dire
Si le spectre du Diable aspirait à venger
Les vices morts en moi ; fier et las comme un sire,
J’assouvis ma vraie soif de verbe et de danger.

January 25, 2013
Retour de corde

Combien de récitals encor pour signifier
L’étendue frémissante où toute l’affliction
Du désenchantement supporte le pilier
Rétif et gémissant de votre expurgation ?

S’évaluent certains jours la valeur et la haine,
Se jaugent dans les mœurs chaque recrudescence ;
Statistiques du sang : la moindre goutte entraîne
En un chemin plus noir, et le cœur, et l’essence. 

Si je ne sais à qui me fier, où me tourner,
Ce ne sont point vos yeux, pâles et délavés
Qui sauront en mon âme établir ou sonner
Le glas des puanteurs et vos chants de crevés. 

Néanmoins, fous, sachez : si quelques répugnances
Attisaient en cet âtre excédé du bois vert
Extirpé des forêts de l’arbre des souffrances
Qu’est mon œil, un élan de courroux découvert, 

Désormais je m’incline, un chiffon sur la face,
Masquant le gris furoncle et l’ecchymose noire
D’une défaite, ô rage ! un meurtre à la surface
Du monde : le dilemme aberrant ; vivre ou boire.

Non, l’alcool ne fut point versé dans mes narines
Pour soulager déjà la réflexion nocive.
Non je ne sus le boire ; or, ce jour-là, mes racines
Connurent du poison quelque douleur tardive.

Il est question d’élans, de jugement, d’amour,
De colère, d’amis, d’implacables sermons,
Quelques voiles noircies dissimulaient le jour,
De synapses perdues ou de nos vieux démons. 

Abstraction dépassée, je ne vous dirai rien,
Je ne vis ni la peur, ni la fureur ou pire,
Aux solstices nouveaux du plus merveilleux bien
Il est certes parfois des pleurs et non du rire 

O fulminantes lois qui trop me rendent fou !
J’ai vos yeux et vos mains tendus vers mon cœur,
Étreindront patiemment l’organe le plus mou
De mon corps mille étaux de fer noir en fureur

Comprenez, mes amis, de quel métal on forge
La haine et la sueur ; comprenez, quand on risque
De perdre les couleurs du monde, quand la gorge
Serrée expire, et quand s’effondre l’obélisque,

Que nous autres saillants ayons les pensées noires,
Quand les joyeusetés harassent notre calme,
Toute l’architecture, aux orgies, aux déboires !
Quelle âme n’obtiendrait pour l’effort quelque palme ?

Si la mienne reçut le trophée convenable
À mes denses efforts (scintillante médaille
Purulente d’argent d’honneur jeté au Diable)
Je fus plaint et blâmé, maudissant la piétaille.

Et voyez mon allure ! élégant fusilier
Tout juste revenu de ma glorieuse rixe,
J’arbore la pensée imbue du haut pilier
De Votre basilique, ô Dieu qui tous nous fixe !

Voyez, monarque immense, en tous ces mots profanes,
En cette abnégation, en cette apostasie,
Voyez les capitaux luire au cœur des cabanes
Et la fausse rigueur d’une austère amnistie.

Danse polovtsienne à l’opéra des fous,
Quelque danse hongroise au pied de la statue
D’un vénérable émir en faïence ; oui, mais vous ?
Attendez-vous la mort des cieux qui vous est due ? 

Voici que la jeunesse et ceux qui se font voir
S’échangent maintenant tous les mots en idoles, 
  L’origine est bien rouge et si le ciel est noir,
Nous ne sommes dressés plus que par nos symboles. 

Derrière moi j’entends jouer un grand orchestre,
Devant, mes yeux blanchis devinent la démarche
D’un discourtois seigneur qui, du pinceau rupestre,
Soulève la poussière étendue sur mon arche. 

Il époussète, et peint, sans relâche, la moindre
Particule de l’âme isolée de ses membres
Sans jamais se soucier de comment les adjoindre,
Il vit, et reconstruit toutes les antichambres. 

Le zèle de ce bougre, insouciant libertin,
Devint ce que la mante est au psychanalyste :
Friand dévorateur des heures du matin,
Il tue pour recréer, et n’est point dogmatiste.

Si je voulus plus tôt le dire, ce n’est rien :
Ce furieux nobliau et sa lèvre hautaine
Tout haut dans son éveil, perdu comme un païen,
À rebâtir un monde et le faire avec hain

Est l’ombre sans parole, et toute échevelée,
De ma propre pensée en ces terres modernes ;
J’atteignis l’horizon de dix mille eaux salées,
J’y trouvai le canal indiqué par les sternes,

Elles ne criaillaient que pour me diriger,
Je ne puis m’empêcher de hurler ma tendresse,
Je n’avais traversé, sans jamais voltiger,
Que la route des mers pour une fausse adresse.  

November 3, 2012
Impromptu

À Naples, octobre

Toujours, des fleurs précèdent
Ceux à qui les poux cèdent.
La plus raffinée tremble
Face à l’obscur ensemble
Des cernes et des cendres
Que l’ébat doit étendre. 


October 4, 2012
Les Envoûteurs

Pourquoi, dis-moi, pleurer après cet enthousiasme ?
L’infidélité, râle écœurant, râle austère !
Pourquoi pleurer d’amour au déni du fantasme ?
Que ne suis-je à ce monde un rat du monastère !

Bénite excavation des tréfonds de mon âme,
Je suis l’homme des vents qui s’enlisent encor,
Je suis un curé mort, je meurs et je le clame,
Que le Christ me châtie puis me couronne d’or.

Dans la cave de feu, j’admire d’autres moines
Notre vie scolastique, au feu des idéaux
Feu la vie, feu la mort, bûcher des patrimoines
Je t’aime, ange des cieux, et que tremble ma faux !

Christ ! toi qui n’aimas femme en ces terres mortelles
Que très pudiquement, que très divinement
Que Dieu surpassait l’homme en tes saintes prunelles !
Jamais péché de chair ni désir diffamant.

Christ! quel reflet d’amour parfait, que je t’envie
Les péchés dont parlaient certains rois sans options
Ne sont pour toi qu’élans mortels hors de ta vie,
Christ! ne nous soumets pas aux pâles tentations.

La douleur sans appel s’immisce dans mes veines,
Qu’ai-je fait! Jésus, réponds-moi, du tombeau
De Golgotha suintant, des femmes souveraines
L’avarice du cœur! et Judas, bien trop beau.

J’ai menti, moi, menti, après la poésie
Régurgitée à l’aube; un alcool comme un autre
Caïn au regard d’argent dont l’âme est un sosie
M’assassine, déjà ! moi, l’auteur, moi, l’apôtre!

Hérétique ! mon nom, acerbe résonance
Et rats tués sur l’onde à l’odeur dont l’acide
A rongé la vertu, a rongé mon enfance
Remords de désirer, remords d’être lucide !

September 10, 2012

QUAND LES MIRAGES CHASSENT

L’alcool est aussi noir que Betty

Rarement musique est publiée
Car la musique meurt oubliée
Je tue moi-même le partagiste
Pourtant Damien! tu es élogiste 

On recense maîtres et petits

Je sens cette obsession refoulée
Vieux texte de ma si vieille année
Je me voulais circonstancialiste
Je ne voyais que les altruistes.

Rares sont ceux qui savent fumer

Les odeurs s’enroulent dans vos bouches
Mes yeux dans de fades retouches
Seul son visage en doux sucre d’orge
Anime flamme au creux de la forge.

Vous rouliez pour bien vous malmener

Et si à ce jour vous resservez
Dans ces verres sots lustrés n’avez
Guère l’absinthe dont vos yeux rêvent
Et jurez tous vos « La vie est brève ! »

Et ce pauvre art est mort depuis peu

Votre regard s’est soumis aux drogues.
Et le bois pourri de vos pirogues
Entends que l’addiction se gangrène
Vos yeux rient : la mort mise en scène!

Quand aux quelques qui croient y voir Dieu !

Quels grands naïfs! je veux le hurler !
Dans les yeux de Betty, me hâler
J’y reviens : imbéciles heureux !
Ma génération de vaporeux.

J’allais conclure mais je m’aliène.

A vos dieux, vos drogues, vos alcools
Vous n’occuperez les protocoles
Le temps que la crise prenne fin
Il faut aux enfants nouveau couffin. 

L’ivresse démente est nommée reine.

September 3, 2012
Consistance du calembour

J’irai serrer des mains.
Je déconstruis mon discours. Je m’apprêtais à écrire un second « J’irai… » pour l’anaphore, simple et frappante, certes, touchante. Elle en devient sifflante et grossière. L’idée d’un « Pour… » introductif et ouvert à la légère argumentation me traverse, puis j’étrique aux beaux yeux de mes prétentions l’ensemble pour me défaire d’un courroux de mortel, enrhumé de son propre vent. Creusez le cryptage. Que ne requérez-vous donc un style de toutes façons ; une parodie, soit, pastichez un peu ; mais un autre style, car il ne faut insulter. L’éclat vieillit ; je parle de l’éclat que vous accusez, et qu’il faut accuser ; l’attaque de front (ou de dos, je ne sais) était lâche et corrosive, Dieu, elle s’érodait même un peu d’elle-même ! Et, pour dire la vérité, elle vous pourléchait les côtes rocheuses, disons là où je ne pensais qu’on irait cacher des huîtres, et le sang gerba. Oh, petit sang, petit creux, et petite opposition, petits contre-dards. Levée des armes et rire amer ! que ne faudrait-il composer tout ça d’une substance que je réclame hardiment !

Les droits sont clairs, aussi les miens sont gauches, et tous ces calembours n’émeuvent guère que les complaisants. Je suis un complaisant : je suis ému et cible aux lassitudes. Je me lasse de vos calembours, aussi n’ai-je pas envie de poursuivre, aussi vais-je poursuivre. 

J’irai serrer vos mains, très solennellement.
Tiens, j’ai perdu, (— J’allais dire « Perdu. » mais les phrases-mots me lassent. Que disais-je ? complaisance.) finalement j’anaphorise. Certes, légèrement, juste pour le rythme, juste pour le justifier ensuite.
J’ai donc piqué ! oh, belles sanctions ! oh justices ! ô, qu’en est-il et enfin, Terpsichore, charmeuse élégante, la réponse, si virulente ou amicale ou creuse ou riche de cette épineuse question ? Mettez à jour ! Et je suis satisfait. Quand on répond à la réponse, — moi — il est aisé de se laisser citer, de faire du phrase contre phrase, de la pioche dans la prose et des jointures dans les besoins. Je n’ai pas voulu tout déchiffrer, je refuse encore de me livrer à un duel que je lance joyeusement avec les yeux sirotant la joie fébrile et caressant le versant cardiaque de mon regret. Que tout cela est cardiaque — que cette façon d’écrire vieillit. On se sent vieillissant. On se veut vieillissant, certes, certes encore, je dois traverser un océan de contre-arguments à imaginer et à supposer pour écrire la contre-réponse et les suivantes et leurs suites. Seule l’indifférence tuera ! et défera les camps, saints Suisses ! Je refuse la simple acceptation bonne et bienséante quand, badigeonnant dans le bain de mes jalousies vieillissantes, je n’aime plus la simple admiration du mot, du terme, de l’expression. Donnez-moi un maudit sens, une maudite sincérité, une maudite construction. Je suis un fils à Education, un fils à ficelles, à grosses ficelles aussi, aussi grosses que les vôtres, aussi grosse et imprécise que l’utopie, que l’éducation dont nous parlions. Dans la nécessité de l’éducation et de la culture magistrale, je veux la refuser, logiquement, dans l’ambition et la réaction névrotique du mélange fou de la réflexion. Les miroirs s’entre-caressent et s’entre-renvoient indéfiniment dans les âmes. Dans un an, ce texte sentira le soufre et les bactéries. Dans deux, il mourra, par le très simple, le très juste, le très commun et le très fatal désintérêt.

A vrai dire, la—ma quête du verbe est un bel élan d’orgueil de création. L’orgueil seul, le pur, le fou, le riche ; le semblable, le dissemblable surtout. S’ériger de soi-même en se libérant des références, imposées et surtout, je l’admets, communes. Fuir les communismes à chaque heure, vouvoyer les lecteurs ciblés, tutoyer le lecteur inciblé, trouver le seul et absolu « on », s’enjalouser des avis communément reçus. Rendre beaux, rendre beaux, oh ! rendre enfin beaux ! les seuls que j’accepte, les rendre riches. Leur donner consistance ou s’accorder gracieusement à leur inconsistance — gracieusement. Comparer le verbe, fouiller, fouiller ce verbe qui mérite qu’on le fouille, non qu’on ne le vomisse. Vouloir l’idée, la vouloir pour la trouver, ou trouver l’équivalence, ne pas se novarinaser — insupportable référence commune, d’autant plus insupportable qu’elle marque et qu’elle est géniale — pour rester soi, car l’enchaînement d’infinies répétitions n’a pas d’intérêt, aussi fort soit l’homme, soit l’œuvre, encore ces œuvres qui hantent. Je veux l’intérêt, moi, je, je veux ce qui a de l’intérêt, je veux marquer, nommer mon orgueil pour qu’il soit reçu comme une évidence, alors que lorsqu’il éclate, il blesse et ne devient vrai qu’à cet instant. Tous ces verbes n’ont pas d’intérêt. La—ma (ce vieux truc s’anaphorisera de bon gré) quête du verbe est une quête brûlante et furibonde de l’immortalité. On ne devient immortel par la consistance. Les inconsistances doivent être dénoncées. Je dois le hurler dans un sac, entendra qui passera. Passées ! mesdamoiselles, passées ! et fortes ! fortes et intéressantes. 

J’irai serrer vos mains sans doute, si je ne les regarde (choisissez « que » ou « pas » et contemplez l’amène subtilité du double-sens calembourique et creux) pour chercher le sens des veines.
Je ne peux être malheureux, admis, on ne l’est (choisissez encore) par choix, et puisqu’à dire vrai c’est un bonheur que l’âme, cruelle et maternelle, cherche par-derrière les folies du conscient. Je n’aime pas, notons qu’il s’agit d’une parenthèse, le mot « pléonasme » ou la vulgarisation de son sens. Je maintiens que je hais les citations, pourtant j’en cache dans des boîtes en velours, j’en cache beaucoup, et ce velours est un faux. C’est le même tissu que celui de toutes les boîtes ; juste, je sais qu’on ne les lira qu’en les cherchant, et on ne les cherche que si on les cite, et je hais les citations. La boucle est d’une couleur amicale, d’une couleur aujourd’hui fermée.

Allez, facilité, un peu de facilité dans le cratère de toutes les autres, un peu de matière, dans l’ébullition de leurs fonctions, un peu de capture de ce à quoi je réponds, et je suis troublé à vrai dire de voir une réponse, très troublé de la voir si tôt ; quand on attaque de front ou de dos on s’habitue à la sérieuse indifférence ; et je suis bien troublé, — mot apte aux calembours desnosiaques !, notons-le ! notons que je prends goût à l’arme de la pastiche, mais que je m’en enorgueillit, ce qui est détestable, et qu’il faudra la craindre en retour ! — donc, disions-nous, avant que ces regrettables cadratins ne viennent embrumer le discours (cf., si agréer au confer encore se fait, cf. deuxième punchline de cette prose en entier, et l’usage conséquent d’un anglais, l’usage conséquent en vérité de tous les mots, qui, tels ces briscards enivrés de Fait et Sensation, se complètent, se divisent, sont deux et ne font qu’un et souvent, se soumettent à la très haïssable inconsistance dont nous parlions — que je lis dans les déblatérations d’un amateur d’auto-défonces éclatantes que je crois est vu comme ami du beau monde et, par moi, de mes récepteurs ; que je n’oserais ici dévoiler pour mieux me sentir cerné et sentir que vous allez le cherchez, aussi près qu’il puisse être. Je laisse le suspens. Dignes, vous ne me demanderez pas, et si pour me contredire le faites, je refuserais de répondre, ferai l’aveugle ou le sourd, vous donnerait peut-être, pour le goût de vous piquer et de tout piquer, un indice crucial pour que vous le deviniez, ou si pour me contredire à nouveau ne le faites pas, vous laisserai tremper, oublier, ou prendre le risque de trouver, à moins que je parvienne à mon but initial, qui, ainsi dévoilé, n’en devient plus un, qui est de vous embrouiller.), je comptais virer à un peu de facilité, chose difficile, douloureuse ? enfin, je voulais dire qu’il n’y avait mépris que pour le texte et non la maison de production, et un mépris d’ailleurs, il faut l’admettre, vieillissant, de quelconques aspirations de ma toux, et un mépris au simple aspect de plaie, quelque part, dans la déception, dans l’incapacité à y remédier, au regret, au remords serein, ces choses pourrissantes qui, dans l’infection, s’avilissent, et qui ont pris une tournure violacée déplorable. Il fallait cracher, vomir à mon tour, la petite histoire, la petite critique. Il fallait que le fruit, certes mûr, certes bien mûr, eh bien disons-le trop mûr, tombe et s’écrase en salissant un peu la si verte apparence de ce grand pré lassant. La branche était lasse ; il fallait un moment noir au-devant de trop de blanc, contrer par le sérieux, le monotone, ce qui ne peut ne plus être rêche une seule seconde, ce que la dérision a marqué d’une si noble et sifflante salissure, l’aisance admirable qu’a cette dérision à, elle aussi, bien involontairement, bien indirectement, cracher si fort, et ne toucher les esprits les plus étriqués. Les plus grands, disons-le, hein, les plus enfoncés dans leur catégorie jusqu’à en rire sèchement au visage des nommés petits. Mourir d’envie d’en profiter.

Il faudrait une conclusion. Une façon subtile et délicate d’assumer le geste, le chiant, le bien-nommé ; si tout ici est question de s’assumer, je pense que la vanité et la futilité de la lutte a raison d’être et de se gangréner, comme l’alcool et la drogue gangrènent les inconstants. Comme bien sûr, ne se lit plus que le court, ou le répondant ; et à vrai dire, comme la pensée, écrite ou pensée, n’a d’utilité que pour soi et le petit monde de soi. L’enveloppe n’est que la première partie, n’échangeons pas, ne tombons pas dans le piège de contemporains qui s’annulent eux-mêmes ; enfin, peu nous importe à nous, vu que le problème est loin d’être là, vu que vos pensées retranscrites dans une sorte d’art qui m’ennuya si fort, ne m’intéressèrent pas et que les miennes n’intéresseront guère plus, sinon mes relectures enorgueillies et quand on se sent concerné. En vérité, essayer de s’intéresser relève d’un effort, un effort lourd comme l’effort de lecture à longue durée, et j’en ressors déçu, déçu comme un gosse. Allons, facilitez-vous… Mais j’ai toujours envie de m’intéresser, et j’ai bien peur d’admettre que je ne devrais pas, ce qui est orgueilleux, et nous voulons, en l’assumant, rejeter l’orgueil qui ne relève plus d’un style d’écriture. La contradiction pourtant très simple, dans une postface qui me démangeait depuis les citations bien à jour de la plus horrifiante de toutes et les légendes ne voulant rien dire qui traînent partout autant dans son petit dépositoire masturbatoire — qui, je ne le nie pas, eut un jour son charme, mais il suffit toujours de si peu, de si peu — dans ces petits esprits qui veulent retrouver la consistance intellectuelle qu’ils ont rejetée ; pas la vôtre, d’autres. Je voulais vous voir plus haut, et puis, à force, macérant tout seul dans un art que j’étais le seul à considérer et à peaufiner fiévreusement, j’ai craché ces sous-entendus en conclusion de chiants morceaux de verbe et je me suis senti mieux. 

J’ai l’impression d’avoir lutté, ce qui est inutile.
Il est encore temps de piocher ce qui semble ridicule et d’en rire. On peut rire de tout.

August 23, 2012
Rapport ouvert

Je ne pensais décrire en ces vers que la peine
Trop connue, trop vulgaire et pour certains malsaine
De la détresse obscène où l’homme est refusé.
C’est une plume noire à mon œil apaisé
Qui vous relaterait justement cette histoire
Qui sans nommer la source où je ne sais que boire
Vous citera tourmente au gouffre véritable ;
En place! n’écoutez que si vous avez table.

Il vous faudra de quoi pouvoir vous reposer.
Une planche fidèle où la tête poser ;
Croyez-moi, réclamé, souvent l’effet se perd
Vous me remercierez ; sur ces mots, pied à terre.
J’ai deux âmes fêlé. L’une est masculine,
Haute et bien soutenue ; cœur plein de stimuline.
Grands dieux de la souffrance! expliquez-moi pourquoi
Votre cruauté prit cet homme comme proie. 

Aquilins conquérants de l’éther et des laves,
Je croyais mes désirs de vos yeux les esclaves.
Contremaîtres furieux des formes de nos vies,
L’amour de votre fouet pourlécha le parvis
Las! du plus innocent et d’un ange d’automne.
Quel amas de pensées, quelle ode monotone
Aurait le sain pouvoir de réparer l’orgueil
De ce fou de granit embourbé dans sa feuille? 

J’ai trahi! sans avoir promis à la beauté
Que j’irai dans son art de couleurs et d’été
Pourtant l’hiver, toujours furieux de jalousies
Creusa dans un esprit rompu aux courtoisies
Le froid torrent de glace où fluctue l’amertume
Et Dieu sait que je vis quelle saveur d’écume
Aussi rêche et tribale un tel goût peut dégager ;
Plus tard, ami d’un jour, il faudra tout purger. 

Pourtant, et que je sois pendu si je vous mens,
Je ne voulus blesser quiconque impudemment
Un sentiment plus fort que tous mes vieux désirs
Mes caresses guidait ; qui cherche les plaisirs
Quand la passion brûlante enorgueillit les âmes ?
Le plus terrible amour où parfois s’amalgament
La haine d’un Frollo, des Phœbus la luxure
Mais, par les dieux cléments, je l’aime sans parjure. 

Et tandis qu’au-dehors les orages s’abattent
Où de bleus démons sans rapière combattent
J’imagine les yeux d’une muse tremblante
Et les éclats de voix d’une gorge brûlante
Que tous mes sentiments empoignèrent d’un coup
Avant de relâcher l’emprise et contrecoup :
Une trace grenat sur vos tissus de chair
Je vous ai imputé de toute surenchère.

Soudain se confirma de nous trois la coupure
Elle avait pureté de savoir qu’on n’est pure
En nos reconversions que sous l’âme divine ;
Lui sans doute verra mon être sous la bruine
Une silhouette absconse étendue sous les prés
D’un autre paysage au cœur de vingt cyprès
Elle eut la pureté de ne vouloir croiser
La moindre compassion d’un regard embrasé. 

On ne peut guère admettre en mes nuits d’autre éclat.
Je me vois soupirant au rythme d’un gala
Dans ces rêves brûlants où je danse avec elle
Quand bienheureux je puis lui souffler qu’elle est belle!
Emporté par la valse élégante des êtres
Je m’exclame fiévreux : encore une autre lettre!
Et je m’excuse auprès de vous sans savoir-faire
Mais mon cœur enfin aime et que peut-on y faire ?

August 20, 2012
Revenu

Le seul moyen connu d’offrir le personnel
(Où « personnel » s’exprime encor pour un panel
De lecteurs assidus ou de passants tranquilles)
A depuis certains dieux regardés immobiles
Progressé, très soudain, dans de trompeuses règles
L’œil d’un rouge hésitant devant les volées d’aigles. 

Volatiles furieux ! cette ardeur dans vos plumes
Me rappelle un parfum très subtil qu’ils s’enfument,
Large éventail sanglant que je secoue sans peine
— Comme des aigles : serre au-dessus de ma reine
Aucun ordre n’amène à mes mains sa chaleur
Qu’enfin je ressentis : tu ne fus que pâleur. 

Pourtant elle refuse en douce impératrice
Que son nom fût royal ; une belle lectrice
Ces yeux d’un vert brûlant, deux flammes si sereines
Qu’elles brûlent douleur, démence et vieilles haines
Je rêvais de cheveux, cascades de satin
Et j’en oublierais même en ce jour la putain. 

Vous n’êtes pas visées, car aucune ne l’est
Et n’interprétez pas, vous serez appelées
En une autre occasion ; et si, de votre ego,
Me contredisez trop, poursuivez le tango
Et voyez si Thémis accepte de danser
Sinon, et pour de bon oubliez son baiser.

Certes je dois dédier les vers à mes égéries
Il en fut beaucoup trop au nom de mes écrits.
A quand le véritable ? En quelles mains remettre ?
Peut-on sans le savoir quelque beauté connaître ?
Aux dieux cruels que dire ? Amenez-moi chez elle !
Mon élan névrotique enfin chu de son aile !

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